
La Terre comme une seule île et sans biais culturel, par Buckminster Fuller
Bien sûr que je ne partage pas toutes les conclusions et convictions de Bernard Lewis, mais son œuvre est beaucoup plus vaste pour être traitée de bhlienne.
Tiens je viens de créer un label. Une pensée est bhlienne quand sa forme a un grand écho médiatique équivalent au vide de son fond.
Bernard Lewis, croyant de l’église du Choc des Civilisations, m’a séduit à plusieurs reprises par les vérités historiques qu’il a dénichées dans les bibliothèques turques.
Je partage aujourd’hui avec vous deux pépites qui peuvent être d’un grand secours aux Français qui s’agitent pour affirmer leur identité nationale.
La bataille de Poitiers
La première est le mythe de la bataille de Poitiers. Une bataille décisive dans l’imaginaire français, et européen occidental. Un vite aperçu sur la page wikipédia et les manuels scolaires vous donnera une idée sur la place symbolique qu’occupe cet événement : elle permet aux Français de se placer comme défendeur de la chrétienté.
Or, et selon les recherches de Bernard Lewis et une contextualisation des événements, cette bataille n’a pas plus de poids que les tractes clandestins des communistes dans Paris de la collaboration.
En effet, si les récits historiques abondent en Europe occidentale sur l’écho de cette bataille, l’événement est presque quasi-absent des archives de l’Orient (musulman et chrétien). Grosso-merdo, l’Histoire de l’Orient retient surtout que l’armée musulmane s’est arrêtée en Espagne.
Et quand on revoit la carte du monde à cette époque, les grandes puissances qui s’affrontaient étaient à l’Orient : Omeyades puis Abbasides et Byzantins. Croire que depuis Damas ou Baghdâd, on rêvait de faire la fête à Madrid, Paris ou Londres est d’un anachronisme crédule.
L’expédition musulmane en Afrique du Nord, avait pour but essentiel de sécuriser son front occidental et la mer méditerranéenne, contrairement aux seuls raisons spirituels avancés par les historiens musulmans. Damas voulait couper Constantinople de ses soutiens. Après, il suffit de prendre une carte, dessiner le trajet de l’expédition mégalomaniaque et de constater l’amenuisement des troupes musulmanes au fur à mesure qu’ils avancent et qu’ils aspiraient à encercler Constantinople par l’Ouest. Les Royaumes de l’Europe occidental jugeaient, à l’époque, faibles. Les stratèges de l’armée musulmane n’ont jamais perdu de vue leur principal concurrent dans la région : Les Byzantins, eux seuls rempare à cette époque contre l’expansion musulmane.
Quand on réalise que les décideurs à Damas et Baghdâd donnaient des ordres à des guérilléros maures, naturalisés, depuis des milliers de kilomètres on ne peut que mesurer le ridicule de l’euphorie que ressente l’intelligentsia française à instrumentaliser une razzia parmi tant d’autres que n’utilisaient les généraux musulmans locaux que pour payer la solde des expatriés en Andalousie. Et qui n’étaient envisageables que grâce aux complicités et collaborations avec des occidentaux sur place. D’ailleurs, les chrétiens d’orient, les orthodoxes, n’ont cessé de rappeler ces mesquineries à ceux de l’occident, catholiques.
Les continents
La deuxième pépite, est la différence de la conception du monde entre Orient et Occident. Comment chacun définit l’Autre.
Ainsi, Bernard Lewis puise dans les archives de chacun afin de lire comment est défini l’autre. Il ressort un constat frappant, qui trouve aussi écho dans notre époque contemporaine.
Ainsi, depuis l’époque helléniste, si on peut considérer les hellénistes comme exclusivement occidentaux, l’occident a partagé le monde sous forme de continents. Et il l’a séparé avec des frontières « physiques ». L’Ennemi, se trouve par définition de l’autre coté de cette convention arbitraire : Europe, Asie, Afrique …
Cette notion est tellement ancrée dans l’inconscient occidental qu’il suffit à Sarkozy de prétendre que la Turquie ne fait pas partie majoritairement de la convention qu’est l’Europe pour convaincre les Français qu’ils ne pourront pas avoir un projet commun avec cet Ennemi.
L’Orient musulman quant à lui segmentait le monde différemment. Le monde était partagé en deux : La Terre de l’Islam et La Terre des Impies. Nous retrouvons les séquelles de cette définition jusqu’à nos jours dans l’imaginaire populaire, mais aucun politicien au pouvoir n’oserait l’utiliser.
Sans tomber dans des anachronismes, je souligne la force et les faiblesses de chaque conception. Si la conception occidentale a permis l’émergence facile de l’Etat Nation, la conception musulmane a empêché les peuples de la région a accédé à l’efficacité de l’Etat moderne. Mais à l’époque, la conception musulmane a permis l’expansion facile, et non avec l’épée seul, de cette nouvelle culture et vision du monde car l’Autre cesse d’être l’Autre par simple conversion ou paiement d’une taxe. Alors que la greffe de l’occupation occidentale a toujours été rejeté à cause du poids de leurs conception du monde : l’Autre ne cesse jamais d’être l’Autre à cause de son appartenance géographique.
Finalement, l’Histoire peut bien se répéter. Et le crédule, que je suis, veut bien croire qu’une conception du monde, à l’orientale, réformée peut servir dans l’ère de la mondialisation : en partageant le monde entre la communauté internationale et les Etats voyous.
Par contre, un débat français sur l’identité nationale me semble d’une ringardise criante. Et à force à tirer sur cette corde, la France finira par rendre impossible la construction européenne.