Dec 16

binebine

Produit d’épargne garantie par l’Etat

Dans le contexte morose du tout sécuritaire au Maroc, j’ai décidé de changer d’air dans une conférence sur le thème : Art et Culture, vecteur d’émergence.

Et combien était ma déception quand j’ai réalisé que le lieu de la conférence, une école de commerce, a complètement travesti le sujet et a réduit l’émergence à la seule dimension économique.

Art et Culture ils disaient, mais les conférenciers n’entendaient que Divertissement et cash money.

Ils ne parlaient diversité culturelle que pour mieux bousculer la culture traditionnelle. Mais n’avaient aucune gêne à parler de politique culturelle comme idéologie, comme formatage.

Oh combien m’a déçu Nabil Ayouch réduit à un agriculteur Français faisant du lobbying pour davantage de subventions. Des moyens de productions dis-tu ? Parlons idées et contenu d’abord !

Brasser de l’argent pour commercialiser des navets comme Lola, non merci le contribuable n’en veut pas.

Avant de nous baratiner avec le manque de moyens, existe-t-il des scénarios, des idées à produire ?!

Avant que Nabil Ayouch ne se lamente misérablement sur le crime qu’est le piratage, a-t-il seulement des idées que nous puissions pirater ?

Les créateurs et entrepreneurs américains ont révolutionné le monde de la musique il y a un siècle. Peut-être que Nabil Ayouch a passé son enfance à rêver comment plagier ce modèle économique. Mais force de constater que les créateurs américains lui ont fait faux bond, quand il était lui prêt à nous jouer le copier/coller, eux ils étaient en train de détruire pour mieux construire.

Le monde évolue, nos entrepreneurs, et depuis des siècles, non.

Des années que les professionnels de l’industrie du cinéma nous baratinent avec le manque de moyens, maintenant que la SNRT produit, que nous servent-ils pendant le Ramadan ?!

Fa9ido chay2i la yo3tih !

Sans scrupule, les conférenciers partaient de la priorité de générer de l’argent car, disaient-ils, c’est le seul moyen de pérenniser la création. Comme si la pérennité est condition sine qua non à la Création. A une industrie de divertissement sûrement, mais pas à la culture.

Ceci ne peut nous choquer qu’à moitié. Car quand j’écoute la salade promotionnelle de nos businessmen, dits artistes underground, ils utilisent sans scrupule un lexique de marchands de tapis : produit, au lieu d’œuvre/cd/livre/film.

Bizarrement, ce discours était nuancé par les conférenciers les plus âgés, Farid Bensaïd, président fondateur de l’Orchestre philarmonique du Maroc et Faouzi Skalli fondateur du festival des musiques sacrées de Fès. Ils partaient de leurs convictions, de leurs idées, puis cherchent le financement.

L’audience n’était pas moins désolante. Une jeunesse, supposée qualifiée, à désespérer. Aurait-elle snifée le mercantilisme des conférenciers et a témoigné à sa façon de son désintérêt ? Personnellement, je ne le pense pas.

Les producteurs et leur public se comprennent malheureusement bien.

Driss Ksikes avait introduit la conférence par une très longue définition de la culture qui présageait bien de comment les conférenciers comptaient la noyer après. Et je la conclus avec un laconique : “La culture c’est ce qui reste dans l’esprit quand on a tout oublié.”

Hier, c’était un sinistre spectacle de ce qu’est la culture marocaine, ce qu’est l’échange à la marocaine.

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