Disciples ! Maitre 7didane vous parle.

Qui des points rouges est le plus petit et qui est le plus grand ?
Et je doute encore que vous puissiez entendre.
Je vous ai promis, malgré vous, de continuer mes Dorous 7didaniya et d’enchainer avec la notion du libre arbitre. Et je ne trahis jamais mes promesses. La promesse disait aussi que cette causerie sera beaucoup plus courte, ce que j’en doute fortement. Allez comprendre !
Flash back :
Vous pouvez toujours faire un tour dans les anciennes causeries si vous avez du mal à suivre. Commencez par ce billiet : Cliquez-ici. Puis, vous pouvez attaquer l’ensemble des causeries, dans le sens inverse d’une aiguille d’une montre, sur ce lien : Cliquez-ici.
Dans le dernier billet, nous avions modélisé les différentes logiques qui peuvent construire un discours marocain. L’idée étant d’isoler des mécaniques complètement indépendantes qui interagissent dans un débat marocain, et ainsi isoler les phénomènes qui se produisent fréquemment : le discours sourd et le grotesque.
Nous avons fini par identifier une famille de 4 logiques : scientifique, politique, morale et divine. Que nous pouvons qualifier d’une famille libre dans le sens où les réponses produites dans une logique ne sont pas accessibles dans l’autre.
Flash play (Si J.J Abrams peut créer le flash forward dans Lost, je peux bien créer aussi les autres pour vous perdre d’avantage):
Les plus prometteurs d’entre vous auront deviné comment modéliser la notion du libre arbitre. Mais paraphrasons pour les nuls d’entre nous.
Il est bien beau de connaitre la grille de lecture que nous fournit cette famille de logiques, mais en quoi c’est utile quand on sait que jamais, dans un débat, on aura à utiliser juste une seule. Pour se positionner par rapport à une problématique donnée on puise dans de tas de référentiels, donc forcement dans les 4 logiques.
Questions :
Etes-vous pour ou contre l’avortement ?
Etes-vous pour ou contre la castration chimique des délinquants sexuels en France ?
Etes-vous pour ou contre la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc ?
Etes-vous pour ou contre la peine de mort ?
Etes-vous pour ou contre la dépénalisation du déjeuner en publique durant le ramadan au Maroc ? (Pour les étrangers qui passent par là, c’est une vraie question marocaine !)
Etes-vous pour ou contre l’euthanasie ?
etc …
Pour la suite, je retiens la problématique de l’euthanasie. Etes-vous pour ou conte ?
La logique scientifique peut nous renseigner sur le degré de la souffrance physique sur une échelle donnée, peut nous fournir les outils pour le faire. Mais elle s’arrête là.
A la limite, elle pouvait nous pousser à être contre car elle prouverait l’impossibilité. Mais dans ce cas, non.
La logique politique, elle va nous pousser à vouloir identifier l’échelle en question. Ceux qui ont tendance à dire NON à tout, auront repéré que j’ai effectivement laissé la définition de l’échelle ouverte. Comment dire, pour tel patient, qu’il mérite ce droit : le droit à l’euthanasie ? Quel moyen mettre en place pour ? C’est un juge, un expert médical, la famille proche, une déclaration du patient quand il était en mesure de la formuler, à qui la société donne le droit de décider ? Est-ce que c’est une charge et un droit que la société est prête à assumer ? Est-ce que je gagnerai des alliances ou des voix si je suis pour ou contre ?
Un tas de questions politiques auxquelles nous devons répondre. Et qui vont être dans le sens OUI ou NON. Modélisons cette réponse politique par P.
Pour l’exemple concret, je suis contre car elle m’apportera les voix des électeurs « religieux » sans me faire perdre les voix des autres qui s’en foutent.
La logique morale, qui rappelons-le même si ce n’est pas encore évident pour beaucoup, est indépendante de la logique politique. La logique politique, qui rappelons-le encore une fois n’obéit qu’aux mécanismes de prise de décision et de domestication de la violence dans une société, est amorale autant que a-scientifique. Donc dois-je être pour ou contre l’euthanasie ?
Combien même l’euthanasie est illégale, un médecin ou une infermière confrontés à cette réalité peuvent aider, pousser par leurs moral, un patient à mourir. Dois-je être pour ou contre ? Suis-je impliqué ? Dois-je prendre une décision sur un sujet qui ne me concerne pas personnellement ? Si je suis médecin est-ce un aveu d’échec d’être pour ? Est-ce que la souffrance dans la vie est une condition suffisante pour justifier de se donner la mort ? Donne-t-on la vie pour avoir le droit de l’enlever ?
Modélisons cette réponse morale par M.
Pour l’exemple concret, je suis pour car à quoi bon une vie de souffrance sans espoir.
Ce choix peut bien évidemment motiver un vote dans un référendum sur cette question, mais la réalité qui sortira des urnes, et qui est vérité politique, peut ne pas s’aligner sur ma vérité morale.
La logique divine, me poussera à me raccrocher à sauver mon fils, et espérer son Salut et ignorer les évidences que les médecins m’expliquent. Ou, à enfreindre toutes les lois, à devenir un expert es en euthanasie et à le faire moi-même contre l’avis scientifique, politique et moral, afin d’épargner à mon fils les souffrances.
Modélisons cette réponse morale par D.
Honnêtement, j’ai aucune idée sur une réponse concrète donc je vais dire pour en penssant à un fait-divers qui a secoué la France.
Conclusion :
A la question : Etes-vous pour ou contre l’euthanasie ?
Ma position sur cette question est : {S, P, M, D}. Concrètement : {0, -1, 1, 1}.
Et c’est avec cette position que je suis sensé débattre et prendre une décision finale.
Et c’est la où entre en jeu le libre arbitre de chacun : l’arbitrage entre ces différentes logiques selon l’expérience personnelle de chacun dans la vie. Je serai amené à pondérer ces axes selon une échelle de valeur que moi seul fixe. Et de prendre finalement une décision purement subjective.
Y a-t-il une démarche déterministe pour hiérarchiser les poids des différentes logiques ? Non.
Peut-on comparer les positions de deux débateurs, même en comparant le poids de chaque axe ? Non. Ex, un religieux qui a {100, 80, 90, -1} peut bien décider avec son libre arbitre que sa position est -1 (cf. l’exemple du Khidr). Un conseil, arrêter le débat avec lui sur le champ, et s’il passe à l’acte, emprisonner-le !
Une chose est sûre, il n’y a pas de relation d’ordre dans l’espace des libres arbitres. Tout ce que vous pouvez faire, c’est d’exposer vos points de vue sur chaque axe et de donner un poids à ce point de vue. La synthèse n’a pas sa place dans le débat, Elle est purement personnelle.
Le discours de sourds ou le grotesque se produiront quand chacun commencera à remettre en cause le poids que l’autre donne à un axe donné. « Scientifiquement, le poids que vous accordez au divin est irrationnel » est un exemple.
Bon moi je suis paresseux. En général je pondère avec des 1 puis je fais la somme et si c’est positif je suis pour: {0, -1, 1, 1} x {1, 1, 1, 1} = {0, -1, 1, 1} donc 1. Je suis pour l’euthanasie.
Un autre, il suffit que le témoin scientifique s’allume et hop il considère que politiquement il est pour. Et comme le politique n’est que manifestation de la morale du groupe alors moralement il est pour. Puis comme il s’en fout un peu du divine, alors il est pour. Concrètement, le poids de la science est considérable dans sa perception de la vie.
Vous pouvez décliner la même décision pour les 4 logiques. J’ai entendu la nuit Dieu me dire que je dois être contre, et comme il n’existe pas de moral sans Dieu alors moralement je suis contre, donc faut que je fasse du lobbying pour combattre les maléfiques tueurs donc je suis politiquement contre, et si je trouve un député de mon camp qui est médecin à ses heures perdues et qui peut me sortir un sondage scientifique où les gens sont contre alors je suis scientifiquement contre.
Concrètement, le poids du divin est considérable dans sa perception de la vie.
Cependant, je ne vous cache pas que mon préféré est celui qui garde la richesse d’une position claire, épurée et sans pondération subjective lors des débats {S, P, M, D}. Et qui reconnait qu’il ne peut confronter que des points de vue dans le même univers et même logique.
Vous allez me demander que la richesse d’un débat est bien belle mais qu’il faut bien à un moment troncher.
Je vous répondrai que sur un plan personnel je me suffis des réponses complexes, avec le risque que les non-avertis me taxent d’instable hypocrite qui change d’avis en fonction des circonstances. Et quand il s’agit d’arbitrage entre les points de vues de plusieurs, je ne connais pas mieux que la politique pour réconcilier tout le monde…de préférence, sans effusion de sang. La démocratie est l’un des moyens politiques pour faire cet arbitrage non déterministe.
Je vous lâche ici, avec l’assurance que vous vous fichez complètement de mes billets, et je vous dis obstinément à la prochaine pour la causerie : « La laïcité dans la culture musulmane, est-elle possible ? » où nous mettrons en œuvre ce que nous venons de voir du libre arbitre.